Archive for avril, 2008

Parce qu’elle s’attendait à tout sauf à ça…

avril 25th, 2008 by Batiste

Elle parle en dodelinant de la tête d’un air nonchalant. Son portable à l’oreille elle marche sous le soleil, des lunettes de soleil Channel sur le nez. Des volutes de fumée se dégagent de la cigarette qu’elle tient entre deux doigts et sa démarche est lente et ample.

En parisienne avec un petit tailleur cintré, super fine, d’un brun sombre et lisse, elle raccroche, range son portable dans son sac et va rejoindre une fille qui l’attend sur l’esplanade la défense. Aucune expression n’est venue déformer son visage à la vue de sa copine. Les filles qui sourient, arquent les jambes et tendent les bras en voyant leurs copines de loin sont des pingouins, c’est bon pour les moches. Elle elle contrôle tout. Elle est restée très class. Parce qu’on la regarde. Elle le sait.

Sur le chemin d’une réunion (je travaille moi monsieur), je les suis avant que nos routes se séparent et voilà qu’elles papotent. D’un ton neutre. Elle remet sa cigarette à la bouche, tire dessus en tournant la tête, et l’éloigne doucement alors qu’un mince filet de fumée s’échappe de sa bouche. La belle est sérieuse, limite chiante, en tout cas c’est ce qu’elle a appris des défilés de couture.

Elle lève la main droite jusqu’au niveau de son visage, et d’un geste précis lance sa cigarette encore fumante à trois mètres sur un sol déjà parsemé de mégots. Un arc électrique me parcourt l’échine.

Elle tourne la tête vers moi. Moi ou un autre de toute façon… Là y a que moi…
Je la regarde. Elle me regarde, me scanne. J’ouvre la bouche pour lui parler…
“Et éviter de jeter ta clope par terre ça t’arracherait le cul connasse ?”

Toujours rester soi-même.

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Parce que tu pourras aller voir…

avril 18th, 2008 by Batiste

Ca a été coton de trouver le meilleur moyen pour rentrer à la maison… Avant c’était facile, il suffisait de prendre le RER A, de s’arrêter à Auber (tu peux ouvrir un plan de métro lecteur, parce que dans ce paragraphe on en bouffe un peu), et de finir à pied… Rapide. La belle vie !!

Maintenant que mon petit chez moi est à Oberkampf (hop, le plan de métro), et que vient s’ajouter aux possibilités du RER et du métro celle du vélib (Haha, tu peux aussi sortir un plan du vélib !!), c’est à force de tâtonnements plus ou moins heureux, de “Ha oui là oui mais en fait non c’est plus long”, de “Ha oui tiens oui, mais là y a jamais de vélos” et de “Ce soir il pleut”, que j’ai fini par trouver le moyen le plus court pour rentrer à la maison : RER jusqu’aux Halles et Vélib jusqu’à la maison !!

Bref (tout ça pour te mettre un peu de contexte), tous les soirs je traverse les Halles blindées de monde… Et vas y que ça fourmille, et vas  que ça se rentre dedans à grand coup d’épaules, et vas y que je voulais prendre le petit escalator mais ça va pas être possible, et vas y que tu me marches dessus !!

J’étais donc en train de fredonner le 5° concerto de Beethoven en traversant la place carrée quand je les ai vus. Ce concerto, la première fois que je l’ai entendu c’était avec Clark, en concert à la Halle aux grains de Toulouse alors qu’on était encore tout étudiant et que nos moins de 25 ans nous permettaient d’aller nous faire des petits concerts quasi-gratos à la Halle aux Grains.

A chaque fois je restais scotché, et tous les archers qui bougent, les vagues qui parcourent l’orchestre, l’implication des musiciens me faisaient rentrer dans le morceau. Et puis il faut avouer que le public est un peu midinette. Alors ça fait le sérieux quand ça rentre dans la salle, ça prend sa place furetant dans le programme, ça fait le difficile avant que ça commence, mais une fois que le concert est fini ça s’époumone, et vas y que ça en veut une autre, et vas y que c’était trop bien, et vas y que ça met son slip sur la tête…
Exemple :
Le public : “une autre, une autre, une autre”
Le soliste : “Bon ok, alors je vais vous faire une impromptue de Chopin”
Le public : “Haaaaaaa” -> Hop, midinette (facile)

Tout hypnotisé qu’on avait été par ce concerto, Clark l’avait téléchargé dans la foulée (c’est mal) et depuis il tourne régulièrement dans mon petit lecteur MP3…

Bref (c’était encore du contexte), je traversais donc les Halles avec ce concerto dans les oreilles quand je les ai vus. Je les ai repérés parce que c’est pas le genre qui se parle en général à Paris : un jeune noir habillé en rappeur et une vieille blanche habillée un peu vieille France.

Ils étaient sur le côté de la place carrée, face à face, et faisaient plein de gestes en se parlant. Une observation plus tard, il s’est trouvé qu’en fait ils se parlaient en faisant plein de geste, et qu’à coté d’eux il devait y avoir une dizaine d’autres muets dans des conversations passionnées, de toutes les générations et de tous les milieux apparemment.

J’ai découvert depuis que la place carrée est un lieu de rendez-vous pour les muets qui veulent se rencontrer, et tous les soirs quand je passe je regarde si d’autres sont là. Et tous les soirs (surtout le vendredi) je tombe au beau milieu de débats passionnés entre gens qui ne se seraient jamais rencontrés s’ils avaient parlé.

Comme quoi au beau milieu des Halles, dans ces flots qui se croisent sans jamais se regarder ou se parler, chacun bien dans son monde et fermement décidé à y rester, les seuls qui communiquent sont muets.

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